Parallélisme et forme cyclique
Ce dimanche 22 avril à 11h au Musée d’art et d’histoire, le deuxième concert du cycle Autour de Hodler proposé par le Quatuor de Genève conduit le mélomane dans le Paris de la fin du XIXe siècle, à la rencontre d’Ernest Chausson et de Claude Debussy. La capitale française est, en 1891, le théâtre de la première reconnaissance internationale de l’œuvre de Ferdinand Hodler: il y expose La Nuit avec un succès aussi retentissant que son rejet avait été violent lors de sa présentation à Genève.
Hodler en musique
Si les compositions de Chausson et de Debussy sont réputées pour leur force picturale, la peinture de Ferdinand Hodler est elle-même empreinte de musicalité. Mais ce qui rapproche le peintre des deux compositeurs n’est autre que le parallélisme, cette répétition d’un motif, ni tout-à-fait semblable, ni tout-à-fait autre, visant à créer du rythme, à donner une unité à l’ensemble d’une composition et à provoquer l’émotion du spectateur. Hodler ne définit sa théorie qu’en 1897 dans sa conférence La mission de l’artiste, alors qu’il applique le parallélisme dans sa peinture depuis plusieurs années. Ce procédé compositionnel s’approche énormément de la forme cyclique en musique. Afin de renforcer l’unité tant formelle que dramatique d’une même œuvre, cette forme cherche à apparenter des thèmes mélodiques au sein des différents mouvements. La parenté étroite de ces deux procédés, parallélisme et forme cyclique, a en partie inspiré ces concerts dans le cadre de l’Année Hodler et plus précisément dans le programme des rendez-vous accompagnant l’exposition Hodler//Parallélisme au Musée Rath.
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Huile sur toile, 80,2 x 100 cm © MAH Genève, photo : B. Jacot-Descombes
Le quatuor de Debussy
Composé et crée en 1893, le Quatuor en sol mineur est le seul quatuor écrit par Claude Debussy (1862-1918) et l’une de ses rares œuvres de forme classique. Avec ses quatre mouvements dont le premier est très empreint du Quatuor en sol mineur opus 27 de Grieg, et son thème de départ repris dans chacun des mouvements – selon la forme cyclique développée par César Franck mais adaptée de façon originale par Debussy –, ce quatuor n’en est pas moins résolument innovant. Les thèmes principaux sont triturés dans tous les sens, les thèmes secondaires abondent, le langage tonal est hybride. Si l’on y ajoute un travail sur les timbres, des jeux d’opposition et une flexibilité rythmique, on comprend pourquoi cette œuvre déconcerta la critique de son temps. Composée en parallèle au Prélude pour l’après-midi d’un fauve, pierre angulaire de la modernité en musique, ce quatuor est une sorte de manifeste. Le compositeur y démontre sa maîtrise des codes du passé pour mieux les dépasser.
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Crayon de graphite, 175 × 114 mm.
Carnet 127, p. 13 ©MAH, photo: Reprosolution, inv. 1958-0176-127
Le concert de Chausson
Le Concert en ré majeur pour piano, violon et quatuor à cordes d’Ernest Chausson (1855-1899) a été créé, comme le quatuor de Debussy, par le violoniste belge Eugène Ysaÿe – dédicataire de l’œuvre et sujet de plusieurs dessins de Ferdinand Hodler – avec ses partenaires chambristes. Accueillie très favorablement par la critique, la pièce composée en 1890-91 est une consécration pour Chausson. L’écriture de l’ouvrage, dont le schéma structurel est la forme sonate, alterne une sonate pour violon, une pièce pour piano seul, un quatuor et un quintette à cordes, un quintette avec piano ou encore, lors des tutti, un sextuor avec piano. Élève de César Franck, Chausson est très inspiré par le style de son maître: forme cyclique, multiples modulations, intense lyrisme. Grand ami de Pierre Puvis de Chavannes qui fût l’un des admirateurs de la Nuit de Hodler, et collectionneur de peintures impressionnistes, Chausson signe une musique très picturale.
Pour l’occasion, Cédric Pescia et Nurit Starck se joignent au Quatuor de Genève pour interpréter ce concert trop rarement joué.
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