Le don de la France à son chef-lieu du département du Léman

Afin de mettre en valeur ses fonds et de répondre aux attentes des nombreuses institutions qui sollicitent des prêts pour des expositions temporaires, le pôle beaux-arts du Musée d’art et d’histoire a entrepris le ré-accrochage des salles d’exposition permanente. Initiée en 2012, cette nouvelle présentation vise à introduire du mouvement dans la permanence et à renouveler les regards et les curiosités. Elle permet également de mettre en avant des pans de ces collections à l’histoire tout à fait surprenante. Exemple.

Afin de mettre en valeur ses fonds et de répondre aux attentes des nombreuses institutions qui sollicitent des prêts pour des expositions temporaires, le pôle beaux-arts du Musée d’art et d’histoire a entrepris le ré-accrochage des salles d’exposition permanente. Initiée en 2012, cette nouvelle présentation vise à introduire du mouvement dans la permanence et à renouveler les regards et les curiosités. Elle permet également de mettre en avant des pans de ces collections à l’histoire tout à fait surprenante. Exemple.

Ré-accrocher la salle 3 de l’étage des beaux-arts, c’est se raconter une histoire: celle des membres de la commission des arts chargés, en 1801, selon les instructions du préfet Chaptal et les directives politiques du Premier Consul, de préparer, dans les méandres du Muséum central des Arts, les envois d’œuvres destinées à différents chefs-lieux de départements français. Parmi ceux-ci se trouvent Lyon, Marseille, Nantes, Rouen, Bordeaux, Bruxelles et… Genève, chef-lieu du département du Léman. Huit cents tableaux ont ainsi été envoyés dans les villes.

Imaginer comment ces personnes, déambulant parmi les milliers d’œuvres confisquées aux églises, aux couvents, aux châteaux, aux hôtels particuliers des immigrés et aux villes conquises par les armées révolutionnaires, composaient des lots de tableaux selon leurs connaissances en histoire de l’art, leurs goûts ou les ordres qui leur avaient été donnés: redistribuer l’incroyable manne, décentraliser l’action de l’État, encourager la création de musées de province sur le modèle du Louvre…

La notion d’École, italienne (et ses sous-sections florentine, romaine, vénitienne…), française, espagnole, flamande… prévaut sur celle des artistes. Les grands artistes (Raphaël, Poussin, Rubens) sont connus et vénérés, mais une copie vaut à peu près un original. Les grandes œuvres, comme l’École d’Athènes de Raphaël, doivent être diffusées comme modèles pour les artistes. Le genre est également considéré: il faut des sujets religieux, historiques ou mythologiques, des portraits, des paysages. La nature morte, toutefois, a été oubliée, au grand dam des Genevois. Parfois, une conscience de la destination des œuvres se fait sentir dans le choix d’un tableau. Nicolas de Neuchâtel, dont le nom a des résonnances «helvètes», se retrouve, avec un magnifique portrait (Portrait de l’orfèvre Wenzel Jamnitzer, vers 1562-63), dans la sélection pour Genève.

La salle 3 de l’étage des beaux-arts reflète ce que l’on peut imaginer du Louvre en 1801-1805, avec ses murs rouges, ses tableaux accrochés sur plusieurs niveaux. Elle propose un retour en arrière, vers les origines des musées.

À lire, Camille Jaquier, «Le décret Chaptal et la collection de tableaux envoyée à Genève», Genava, 2012, n° 60

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