Véritable serpent de mer de la Genève culturelle et patrimoniale, la réalité des collections du Musée d’art et d’histoire (MAH) donne lieu à toutes les interprétations.
Des «trésors cachés» aux «vieilleries à l’intérêt moindre», tout est dit, sans prendre même le temps de retourner à la source de l’information.
Il semble donc nécessaire de revenir aux faits afin de rétablir et apporter une information claire et objective par égard pour les Genevois qui s’intéressent à l’avenir du musée.
La réalité des chiffres
En ce qui concerne la réalité des chiffres, il faut savoir que le MAH compte environ 650’000 œuvres d’art et d’objets d’histoire pour une valeur pécuniaire de plusieurs milliards de francs suisse. Il faut se souvenir que tous ces objets inventoriés, étudiés et conservés sont considérés comme inaliénables et destinés à traverser les siècles dans les collections publiques. Ces chiffres sont considérables à l’échelle européenne et font du MAH, le plus grand musée généraliste de Suisse. Le choix, fait à la fin du XIXe siècle de regrouper l’art et l’histoire dans un seul et même musée, est à l’origine de cet état de fait. À l’inverse, des villes comme Bâle et Berne ont décidé d’ériger deux musées distincts, l’un pour l’art et l’autre consacré à l’histoire.
L’apport d’une vaste collection d’instruments de musique dans les années septante et la relocalisation de l’horlogerie au MAH, afin de donner toute son envergure à cette prestigieuse collection, ont encore accentués les capacités de présentation du musée.
Un encyclopédisme assumé
On ne saurait ici décrire en détail l’ampleur des collections d’un encyclopédisme assumé, qui concentrent les symboles de l’identité de Genève. Du Retable de Konrad Witz à la salle des Armures en passant par la collection des peintures et de dessins de Ferdinand Hodler, chaque Genevois a un souvenir au MAH qu’il aime faire partager à ses enfants, à ses amis, à tous ceux auxquels il souhaite faire découvrir sa ville et son histoire.
Le MAH, abrite l’une des collections principales de beaux-arts de Suisse, des écoles de paysages à l’impressionnisme. On citera encore la sculpture des XVIIIe et XIXe siècles, aujourd’hui fort peu montrée faute de place, ou encore, le fonds considérable du Cabinet d’arts graphiques.
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Entre 118 et 120 après J.-C.
Copyright: MAH Genève, photo: B. Jacot-Descombes
Les objets provenant des fouilles menées par les archéologues cantonaux côtoient les collections d’archéologie méditerranéenne de l’Égypte, de la Grèce jusqu’à Rome, ainsi qu’un impressionnant Cabinet de numismatique.
Les collections d’arts appliqués couvrent un champ très vaste allant de l’orfèvrerie au mobilier textile et ferronnerie. Bien des collections s’impatientent en réserve, les instruments de musique, l’horlogerie invisible. Autant d’objets, de pièces d’ornement absents des vitrines depuis des décennies que le projet de rénovation entend faire sortir «du placard».
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Fin du IIIe – début du IVe siècle après J.-C.
Copryright: Musées d’art et d’histoire, photo. A. Longchamps
Certes, le musée a ses lacunes et ses faiblesses. En cela, il est le reflet de sa mémoire ; de l’activité humaine qui s’y est déployée depuis le 15 octobre 1910, jour de l’inauguration du bâtiment. Il faut remercier tous les Genevois qui, par des legs et des dons, ont contribué à consolider régulièrement la cohérence des collections. On ne saurait oublier non plus le travail d’un siècle de conservateurs qui, à chaque fois qu’ils en ont eu l’opportunité, ont su convaincre les autorités publiques et les donateurs privés d’enrichir les collections du musée.
Il faut venir voir et revoir toutes ces richesses afin de mesurer la pertinence des projets architecturaux actuels et leur adéquation avec le projet scientifique et culturel. Seul un projet ambitieux prenant en compte les technologies les plus performantes, tant sur le plan environnemental qu’en matière de conservation des œuvres, permettra au MAH de retrouver la place qu’il doit occuper dans le panorama muséographique national et international de notre siècle.
Un extrait de ce texte est paru dans la Tribune de Genève du samedi 26 septembre 2015.