Les instruments de musique sous la loupe (II)

Naples, cœur des manufactures d’instruments

Après un survol de la collection des instruments de musique du MAH, voici une autre approche de ces objets: un focus sur la lutherie à Naples, à travers les guitares et les mandolines napolitaines du Musée d’art et d’histoire.

Après un survol de la collection des instruments de musique du MAH, voici une autre approche de ces objets: un focus sur la lutherie à Naples, à travers les guitares et les mandolines napolitaines du Musée d’art et d’histoire.

La collection d’instruments de musique du MAH comprend en effet quelques instruments d’origine napolitaine, construits dans les ateliers Vinaccia, Fabricatore et Filano, trois des plus importantes dynasties de facteurs de cette ville pour la production d’instruments. Les MAH possèdent deux mandolines de Filano, une mandoline et une lyre-guitare de Vinaccia et une mandoline et deux guitares de Fabricatore.

 

Lyre-guitare de Gaetano Vinaccia, 1800, © MAH, photo: Yves Siza, inv. 009360

Les mandolines du MAH sont réalisées sur le modèle napoletano: elles sont pourvues de quatre cordes doubles accordées par quintes – comme le violon (Sol2 Re3 La3 Mi4) –, d’une table d’harmonie pliée et d’un chevalet mobile.

Une des caractéristiques de ces instruments est leur décoration. La table est ornée de nacre et d’un mastic à base de gomme-laque fondue qui donne à ce dernier un aspect brun-rouge. L’abondance de décorations en écailles et en os ainsi que la présence, aux extrémités du chevalet des guitares, d’une décoration à motif floral très élaboré complètent leur présentation. Cette richesse dans la décoration montre qu’ils étaient destinés à une clientèle noble.

Naples, cœur des manufactures d’instruments

Naples fut l’un des plus importants centres italiens de manufacture d’instruments entre la fin du XVIIe siècle et la première moitié du XXe siècle. On y fabriquait des mandolines, mais également des clavecins, des pianos, des instruments à cordes frottées et pincées. Son attrait était tel que de nombreux facteurs, notamment allemands, s’y établirent.

La position stratégique de cette ville portuaire a certainement joué un rôle important dans le développement des activités liées à la facture instrumentale. Pour preuve, la concentration de la plupart des ateliers dans un dédale de ruelles à proximité du port.

Carte de Naples en 1815
Carte de Naples en 1815

À ces raisons géographiques s’est ajoutée la rapide évolution de l’environnement politique et législatif, passant du Royaume des Bourbons à la domination française (entre 1806 et 1816), puis à la Restauration en 1815, avant l’annexion de Naples au naissant Royaume d’Italie.

À partir de 1809, grâce à la réforme des droits de douane, la production d’instruments se porte en effet très bien: les droits sur les instruments de musique importés (harpes, clavecin et piano, cordes en boyau) sont désormais très élevés, encourageant ainsi leur facture locale.

Si bien que, si 26 cembalari (facteurs de clavecin) étaient actifs 1807, 40 ans plus tard, on enregistre la présence de 93 fabriques de pianos, dont 20 appartenant à des facteurs d’origine étrangère établis dans la ville. Il s’agit alors en grande partie d’ateliers artisanaux, dont la majorité a une longue tradition en la matière. Comme la famille Fabricatore qui, dès la moitié du XVIIIe siècle, se distingue par la production d’instruments à cordes et qui, dès 1800, a étendu ses activités au secteur des éditions musicales.

Dès 1861, date de l’unification de l’Italie, la politique commerciale est modifiée: le libre-échange l’emporte et les droits de douane sont abolis. La florissante activité liée à la facture d’instruments entame alors un lent déclin.

Emanuele Marconi, conservateur-restaurateur

 

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