«On l’oublie souvent, mais la photographie est un métier»

Dans le cadre de l’exposition Livres de photographies. Un musée de papier pour l’image présentée jusqu’au 31 mai 2014 à la Bibliothèque d’art et d’archéologie, des artistes de tous pays se côtoient. Olivier Vogelsang, photographe genevois présenté dans l’exposition, partage ses intérêts et ses passions. Interview.

Dans le cadre de l’exposition Livres de photographies. Un musée de papier pour l’image présentée jusqu’au 31 mai 2014 à la Bibliothèque d’art et d’archéologie, des artistes de tous pays se côtoient. Olivier Vogelsang, photographe genevois présenté dans l’exposition, partage ses intérêts et ses passions. Interview.

Quel est votre livre de photographies préféré dans votre propre production?

Switzerlanders, le dernier, celui qui est présenté dans l’exposition. C’est un regard sur une certaine Suisse. C’est avant tout un regard personnel qui s’est dessiné au fil des années et je suis très fier que cet ouvrage voie le jour.

Quel livre de photographies vous a inspiré ou motivé dans votre vocation ou quel livre de photographies auriez-vous aimé réaliser?

J’ai toujours aimé les livres de Gilles Peress, et tout particulièrement Telex Persan, un travail sur la révolution iranienne en 1979. Il a intégré, dans une mise en page très forte, les télex qu’il envoyait à son agence. Ou encore un livre de Christopher Andersen sur le Venezuela de Hugo Chavez, livre-concept avec des images extraordinaires. Plus récemment, j’ai trouvé le travail d’un jeune photographe américain, Peter Wan Atmgeal, en Irak, très puissant.

Un photographe que vous admirez et avec lequel vous aimeriez collaborer pour un projet de livre?

La collaboration est difficile entre photographes s’il n’y a pas de chef de projet au milieu. Elle se fait quand un projet commun est lancé. J’ai participé à de petits livres sur le G8, la neige ou encore le passage à l’an 2000 à Genève.

Que pensez-vous des débats sur la place de la photographie dans l’art (relations collectionneurs/artistes, art comme investissement, etc.)?

Le débat existe et c’est une bonne chose. Les photographies de reportage prennent de la valeur avec le temps, contrairement à des photographies plus contemporaines et artistiques qui s’inscrivent dans une perspective d’exposition ou de vente rapide en galerie. Le rapport à l’argent est plus présent. D’une manière générale, le champ de publication pour les photographes s’est rétréci dans les magazines et journaux, mais il a trouvé naturellement une nouvelle vie chez les collectionneurs et dans les galeries. Et c’est tant mieux.

Comment vous qualifiez-vous et comment expliquez-vous votre métier?

Je suis un photojournaliste plutôt artisan que artiste, dans le sens que je n’ai pas de plan de carrière. Je suis avant tout photographe de presse dans un quotidien depuis plus de vingt ans. C’est ma réalité. En parallèle, j’ai toujours lancé des projets «lents» à réaliser. J’engrange des images et, plus tard, je fais des livres. J’ai des projets en tête depuis plus de vingt ans. Ainsi Déchirure racontera, au travers de reportages dans des zones de conflits, comment des voisins deviennent des ennemis. Le titre est dans ma tête. J’ai parfois même l’impression d’avoir déjà fait le livre. J’ai aussi très envie de me pencher sur mes années de presse pour en faire un livre.

Quelles sont vos futurs projets en matière de photographie?

Comme je viens de le dire, j’aimerais rassembler une quinzaine de reportages dans un projet de livre appelé Déchirure qui parle de la fracture entre peuples vivant en temps de guerre et les conséquences sur les populations civiles.

J’ai mis de côté un projet sur la manière dont les toxicomanes sont pris en charge dans les différents pays. Je suis déjà allé en Afghanistan, au Pakistan et en Indonésie. Peut-être que je le reprendrai un jour.

En ce moment, je débute un sujet sur des fragments de territoires qui sont coupés par d’autres pays. Je vous réponds d’ailleurs en stand-by depuis Casablanca… Je me dirige vers Tanger où je vais me concentrer sur Ceuta et Melilla, deux villes sur sol marocain qui appartiennent à l’Espagne. Elles sont aussi une porte d’entrée vers l’Europe pour les migrants. On y a construit des murs de barbelés de 8 m de hauteur pour les empêcher de rentrer dans ces enclaves.

Comment voyez-vous l’avenir de la photographie?

Je veux rester optimiste. De jeunes photographes arrivent et font des travaux fantastiques avec les moyens technologiques d’aujourd’hui. On peut partager ses travaux et se faire reconnaître à travers les réseaux sociaux, par exemple. Aujourd’hui, il suffit de posséder un boîtier numérique, des cartes, un portable, un billet d’avion et un peu d’argent de poche pour s’installer dans un endroit du monde que l’on veut photographier, puis proposer et distribuer ses images. C’est le rêve!

D’ailleurs la globalisation se ressent également en photographie. Avant, on envoyait des photographes aux quatre coins du monde. Aujourd’hui, des personnes sur place, bien équipées, se révèlent de très bons photographes. On pourrait dire que la globalisation photographique a recentré les photographes sur le local. Il y a encore une petite poignée de photographes qui sont envoyés pour couvrir l’actualité. Les autres ont des moyens ou ne vivent pas que de ça.

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