Regard sur une restauration de cadre

Cas pratique : la restauration d’un détail de la partie supérieure du cadre

Tout cadre a un double rôle: protéger le tableau et mettre en évidence l’œuvre. Il fait, en quelque sorte, office de «fenêtre» sur le sujet représenté; le cadre permet le passage du regard du mur vers la peinture; il la souligne et la sublime à la fois.

Tout cadre a un double rôle: protéger le tableau et mettre en évidence l’œuvre. Il fait, en quelque sorte, office de «fenêtre» sur le sujet représenté; le cadre permet le passage du regard du mur vers la peinture; il la souligne et la sublime à la fois.

Certains artistes, comme Karl Stauffer lorsqu’il peignit Femme nue couchée en 1893, imaginent eux-mêmes le cadre. Dans le cas de Stauffer-Bern, l’artisan qui, à l’époque, l’a réalisé, a su s’adapter à ses demandes: l’artiste souhaitait des motifs que l’on connaît habituellement sur les cadres de plus petit format, ici les oves et les feuilles d’eau. Il a dû trouver un moyen de rendre l’aspect monumental souhaité par l’artiste, tout en gardant la fonction protectrice du cadre. Ainsi, afin de l’alléger, il a imaginé des moulages en creux pour les oves.

Il n’est donc pas possible de présenter le tableau sans son cadre. Malheureusement, l’état pitoyable de celui-ci empêchait la présentation de ce bel ensemble au public. Le cadre est donc arrivé à l’atelier en décembre 2009 et a fait l’objet d’une restauration approfondie.

Cas pratique : la restauration d’un détail de la partie supérieure du cadre

Cadre de « Femme nue couchée » de Karl Stauffer, 1893, avant restauration
Détail avant restauration, les oves en haut et les feuilles d’eau en bas

Une épaisse couche de poussière masquait l’éclat de la dorure et de nombreuses lacunes étaient apparentes.

La première étape a été le dépoussiérage, le refixage et le collage des moulages, tombés à la suite de chocs et récoltés dans le dépôt où ils se trouvaient.

Détail en cours de collage

L’aspect très particulier et inhabituel de ce cadre, avec ses oves moulés en creux, devait être conservé lors du comblement des lacunes.
La solution qui s’est avérée la meilleure a été d’utiliser un ballon de baudruche pour remplir le creux. Il servit de support au moulage en attendant qu’il sèche et se maintienne de lui-même. Cette méthode a été empruntée à la restauration de céramiques et d’objets archéologiques.

Détail avec le ballon

Puis un moule en silicone du même détail a été pris et le moulage a été réalisé selon les méthodes traditionnelles, à base de colle de peau de lapin et de craie de Champagne.

Moule en silicone
Détail des moulages en cours de séchage

Le ballon, après le séchage du moulage, a été dégonflé et retiré.

Détail après extraction du ballon

Les dernières petites lacunes ont ensuite été comblées, la restauration poncée, assiettée – une assiette jaune pour les creux et rouge pour les brunis – et enfin dorée, brunie puis patinée.

Détail après ponçage
Détail après la pose des deux assiettes rouge et jaune
Détail après dorure

Cette restauration permet, aujourd’hui, d’apprécier cette œuvre dans son ensemble, telle que l’a voulue le peintre il y a un peu plus d’un siècle.

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