L’arrivée du cercueil de Chedkhonsou à Genève
Peu après l’effondrement du Nouvel Empire, la Vallée des Rois fut la proie des pillards. Soucieux de préserver le repos éternel des vénérables pharaons qui y avaient été ensevelis, les grands prêtres d’Amon du Xe siècle av. J.-C. firent transporter dans une cachette située près de Deir el-Bahari les momies – certaines restaurées à la hâte – et les dépouilles du mobilier funéraire des anciens maîtres du pays. Pour leurs propres funérailles, les grands prêtres se réservèrent des places privilégiées aux côtés de ces illustres ancêtres. Cette première cachette fut révélée en 1881, à la suite de dissensions familiales entre les fouilleurs clandestins qui en avaient commencé l’exploitation. Évacué plus que fouillé, l’abondant matériel récupéré enrichit le musée de la capitale égyptienne, qui vendit de petites pièces aux amateurs.
Les prêtres de rangs inférieurs, qui se recrutaient néanmoins parmi l’élite de la région, ne pouvaient pas prétendre reposer auprès d’hôtes aussi prestigieux. Une seconde cachette à proximité de la première, découverte en 1891, fut aménagée pour eux et leur famille – nul ne saura jamais qui en pris l’initiative, comment et pourquoi. Plus de cent cinquante ensembles funéraires en furent retirés.
Chaque trousseau se compose naturellement d’une momie (toutes restées au Caire), d’un cercueil ou d’une suite de cercueils emboîtés. S’y ajoutent, d’une manière non systématique, un ou deux papyrus par individu (un Livre des morts et un Livre de l’au-delà [Amoudouat], parfois un papyrus dit «magique»), et des centaines de figurines funéraires généralement réparties dans deux boîtes.
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Face à l’afflux de ce matériel, le Musée égyptien proposa d’offrir aux nations étrangères amies une large part de ces trouvailles, qui furent regroupées par lots tirés au sort. La Suisse réagit tardivement à cette proposition. Le Conseil fédéral craignait que ce don n’entraînât des dépenses excessives, et qu’il mît la diplomatie helvétique dans une situation critique, dans la mesure où la Suisse n’entretenait pas de relations avec la Sublime Porte (Turquie), alors suzeraine nominale de l’Égypte! Aussi peut-on qualifier de «lot de repêchage» les antiquités de cette cachette qui parvinrent en Suisse en 1894, grâce à la sollicitude du Khédive Abbas II Hilmy, vice-roi d’Égypte. Elles furent immédiatement réparties entre les musées demandeurs. Quatre cercueils gagnèrent Appenzell, Berne, Genève et Neuchâtel; des figurines Bâle et Saint-Gall. Les cercueils de Genève et de Berne possèdent un point commun: ce sont des enveloppes de momies qui s’inséraient dans un second cercueil, extérieur. Ces deux cercueils extérieurs ont pris le chemin de l’Autriche et sont aujourd’hui conservés par le Musée d’art et d’histoire de Vienne.
Cercueil de Chedkhonsou, fin XXIe dynastie, © MAH, photo : Y. Siza, inv. 7363