Le portrait en pied, grandeur nature, de l’archéologue anglais Richard Prococke, par Jean-Étienne Liotard, est acquis par la Fondation Gottfried Keller en 1948. Il est ensuite venu enrichir les collections du Musée d’art et d’histoire, déjà riches en pastels du fameux portraitiste genevois. L’histoire de la création de la Fondation Gottfried Keller tient du véritable roman.
Lydia Escher-Welti, la fondatrice, est la fille d’Alfred Escher Wyss, un des hommes les plus influents du dernier quart du XIXe siècle. Fondateur du Credit Suisse et promoteur du tunnel du Gothard, il contribue largement à faire évoluer la Suisse d’un pays purement agricole vers une nation moderne et industrialisée. À sa mort, son immense fortune revient à sa fille, son unique héritière. Après une jeunesse solitaire – sa mère décède prématurément et son père est entièrement absorbé par ses multiples charges – Lydia épouse le fils d’un conseiller fédéral, Friedrich Emil Welti. L’échec de son mariage la pousse dans les bras de l’artiste Karl Stauffer-Bern. Le mari trompé réagit vivement et met Karl en prison, où ce dernier meurt. Lydia est déclarée folle et est contrainte au divorce. Elle vit alors quelques mois à Genève où elle met fin à ses jours en décembre 1891.
Pour une fondation propriété de la Confédération
En 1886, alors qu’ils étaient encore mariés, l’idée d’une fondation pour les arts avait surgi au sein du couple Welti-Escher. Après le divorce, Lydia reprend ce projet et décide de mettre toute sa fortune dans une fondation qui serait propriété de la Confédération. L’acte de fondation est signé par la donatrice le 6 septembre 1890. L’article IV, alinéa a, stipule: «Les revenus de la donation sont destinés à l’acquisition d’œuvres importantes de l’art plastique national et étranger; toutefois, on ne prendra qu’exceptionnellement en considération les œuvres d’art contemporain. Le Conseil fédéral déterminera le lieu et l’établissement où seront exposées les œuvres d’art.»
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Le nom choisi est celui d’un vieil ami du père de Lydia Escher-Welti, l’écrivain zurichois Gottfried Keller. La gestion des revenus de la fortune ainsi que le choix des œuvres sont confiés à une commission composée de cinq personnes. Les peintres Arnold Böcklin, désigné par la donatrice elle-même, et Albert Anker ainsi que Carl Brun, rédacteur du Schweizerisches Künstlerlexikon, sont parmi les premiers membres de la commission.
Ainsi est née une institution qui, au fil des ans, réunira une belle collection de peintures, de sculptures, mais aussi d’objets d’orfèvrerie, du mobilier, des vitraux, retables, chaires, etc. au profit des musées du pays. Le Musée d’art et d’histoire de Genève compte cent nonante-deux œuvres en dépôt, dont des peintures de Félix Vallotton, d’Alexandre Perrier, de Hans Berger, des sculptures de James Pradier et d’Alberto Giacometti, des paysages et un autoportrait d’Hodler.
C’est beau. L’art ancien me fascine au plus haut point. Je pense que c’est mieux que les arts abstraits de nos jours, non? En plus, c’est un patrimoine d’une grande valeur pour la nation. Alors vivement son acquisition.