Une table florentine qui suscite la curiosité

Trônant au centre de la salle du Conseil d’État en 1910, cette table florentine du XVIIe siècle est une curiosité tant du point de vue du matériau qui la compose que de son histoire.

Trônant au centre de la salle du Conseil d’État en 1910, cette table florentine du XVIIe siècle est une curiosité tant du point de vue du matériau qui la compose que de son histoire.

Le calcaire marneux dont est fait son plateau possède en effet des propriétés illusionnistes. Provenant des carrières situées aux environs de Florence, où elle est exploitée à partir de 1500 environ, la pietra paesina – l’une des appellations communes donnée à ce marbre – présente des effets surprenants en ce qu’elle évoque naturellement des paysages et des ruines. Cette singularité est en fait due aux nombreuses fissures et aux sels minéraux qui donnent un aspect ruiniforme à cette roche une fois polie.

Table florentine, 1ère moitié du XVIIe siècle, Florence, © MAH, photo: B. Jacot-Descombes, inv. N 0563, don du marquis Henri Duquesne, 1702
Plateau de table florentin, 1ère moitié du XVIIe siècle, Florence, © MAH, photo: B. Jacot-Descombes, inv. N 0563, don du marquis Henri Duquesne, 1702

Connues déjà de Pline l’Ancien, la pietra paesina a suscité l’admiration des amateurs de cabinets de curiosités naturelles à la Renaissance. Les Médicis en décoraient leurs cabinets italiens, en faisaient des inclusions dans les marqueteries de pierres dures par les artisans florentins, ou les accordaient en guise de présents politiques. De fait, ce plateau de table, supporté initialement par quatre statues de Maures en argent, fut offert par Cosme II de Médicis, duc de Florence, à l’émir du Liban Fakhr-ed-Din (1572-1635). Ce dernier, qui séjourna à Florence de 1613 à 1618, s’efforçait alors de s’émanciper du joug turc-ottoman et conclut des traités militaires et économiques avec la Toscane. Il succomba toutefois dans sa lutte en 1633 et, après de rocambolesques épisodes, ce plateau de table, alors démantelé de ses pieds, se retrouva au château d’Aubonne (canton de Vaud), entre les mains des deux propriétaires successifs que furent, d’une part, le célèbre diamantaire des rois de France et grand voyageur Jean-Baptiste Tavernier (1605-1689), qui l’acquit à son retour d’Inde en 1668 ; d’autre part, le marquis Henri Duquesne (1652-1722), navigateur protestant, qui devint également seigneur d’Aubonne et qui l’offrit en 1702 à la Bibliothèque de Genève. À son tour, la Bibliothèque céda au Musée académique ses «curiosités» en 1822, parmi lesquelles la table en question.

Texte rédigé d’après Waldemar Deonna

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